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*Sapientia signifie "intelligence" ou "sagesse" en latin

En 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été signée par l'ensemble des pays de l'ONU.

L'article 18 de ladite déclaration stipule :


Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

Ce portail est une pierre apportée à l'édifice de ceux qui veulent voir cet article 18 ne pas rester lettre morte dans notre monde, à une époque où le discrédit a été jeté sur nombre de minorités spirituelles par des groupes d'intérêt privés rivés à leurs privilèges.


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Une pointe qui divise


Le comité “contre la construction de minarets” a déposé hier les 100’000 signatures nécessaires au lancement de son initiative populaire visant à faire inscrire dans la Constitution suisse l’interdiction de construire des minarets sur l’ensemble du territoire helvétique.


Une pointe qui divise

Cette démarche, précisent ses initiateurs, "ne remet pas en question le droit de chaque personne de pratiquer la religion de son choix", mais se veut un rempart à l'"accélération de l'islamisation rampante de notre pays" (1). En effet, pour les membres du comité, la plupart affiliés à l'UDC, le parti le plus xéno-centré de Suisse (et particulièrement sur les étrangers relevant du droit d'asile), le minaret "est le symbole d'un impérialisme", celui d'une "culture religieuse certes respectable, mais violente, archaïque, sexiste, homophobe et ne séparant pas le politique du religieux" (2). A part ça, l'islam est une "culture religieuse respectable", même si cette "culture" est considérée comme "violente, sexiste et homophobe"! Les musulmans de Suisse apprécieront... Le comité d'initiative va même jusqu'à jouer le rôle de docteur de l'islam, rappelant le caractère non religieux du minaret, Coran à l'appui, révélant son rôle de "symbole d'une revendication de pouvoir politico-religieuse (...) qui conteste des droits fondamentaux, par exemple l'égalité de tous (...) devant la loi" (3). En interdisant les minarets, on garantira ainsi "durablement en Suisse la validité illimitée du régime légal et social défini par la Constitution". "Les tentatives des milieux islamistes d'imposer en Suisse un système légal fondé sur la sharia sont ainsi stoppées" (4). On croit rêver! Comment une solution aussi simple à mettre en œuvre et aussi efficace pour mettre un terme à "l'islamisation rampante" de l'Occident a-t-elle attendu de voir le jour en Suisse alors que nombre de pays voisins semblent autrement plus concernés que la paisible Helvétie par le "fondamentalisme" d'inspiration musulmane? Il y a également de quoi s'étonner quand on lit les considérations tout en certitudes de ces quelques personnalités politiques quant au sens que revêt pour les musulmans du monde entier le minaret. Ces politiques ne confondraient-ils pas leur conception personnelle de la chose, dans une forme de projection sur l'objet "minaret" de leurs propres angoisses, avec le sens que peut avoir une telle construction pour les personnes qui se réclament de l'islam? Leur interprétation vaut-elle vérité universelle? Et est-ce à l'Etat, au travers de la Constitution, de fixer le sens d'un minaret ou de tout autre symbole religieux, tel que le fameux "voile islamique"? Quand on lit que les représentants d'un parti bourgeois pourtant peu connu pour ses avancées sociétales se sert de l'argument de "l'homophobie" pour faire avancer certaines de ses idées, l'on sourit. Que la construction de mosquées et des minarets qui vont avec soit soumise, comme pour tout projet de construction, à autorisation, et donc à la législation suisse en matière d'urbanisme, cela ne suffit pas à les rassurer. Ce qu'ils demandent, c'est carrément la constitutionnalisation de l'interdiction des minarets, sous prétexte de "préserver la paix religieuse en Suisse" (5), comme si tout le monde réagissait comme eux face à ces édifices! Autrement dit, viser exclusivement l'expression religieuse musulmane au travers de l'édification des minarets, comme d'autres voudraient une législation d'exception à l'endroit des mouvements qu'ils assimilent à des "sectes"! Les deux revendications procèdent en effet du même besoin impérieux de faire graver dans le marbre du droit le "centrement subjectif" (6) de personnes dont les positions ne sont pas susceptibles d'être relativisées. Pour les minarets, le souverain tranchera.

(1) “Une pointe qui divise”, Le Nouvelliste du 9 juillet 2008.


(2) ibid.


(3) Sur le site du comité d’initiative “minarets.ch”.


(4) ibid.


(5) ibid.


(6) “La France morcelée”, Jean-Pierre Le Goff, éd. Gallimard, 2008.


Vendredi 1 Août 2008
Pascal Bonvin



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