La France est probablement, avec la Chine, un des pays qui luttent le plus intensément contre les non-conformismes religieux et, par contagion, contre les nouvelles thérapies et les médecines alternatives soupçonnées d’entraîner les patients vers les sectes. Les attaques n’épargnent pas les universitaires qui travaillent sur ce terrain.
Les membres des groupes religieux minoritaires, les médecins alternatifs, les psychothérapeutes subissent des attaques brutales : délations, diffamations, licenciements.
Dans les domaines où la concurrence est vive (la formation continue, l’action éducative sur le terrain, les affaires, la vie professionnelle, l’Université), l’arme de la délation sectaire — vraie ou diffamatoire, via la rumeur ou via les ligues anti-sectes — est utilisée. S’y ajoutent les harcèlements administratifs et fiscaux envers les mouvements religieux listés dans le Rapport Guyard-Gest (Les témoins de Jéhovah, le Mandarom, Invitation à la vie, l’Église évangélique de Besançon). Dans l’ensemble, la presse et une large partie des Français trouvent cela normal. Seule la loi About-Picard, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale française6, et qui permettra l’éradication des groupes religieux minoritaires en France, a suscité des indignations car le délit de manipulation mentale (inspiré du délit de plagio) qu’elle instaure sera applicable aux Églises établies et à des organisations profanes.
Les groupes religieux minoritaires, longtemps passifs face aux attaques, ont réagi sur trois plans : la communication, le Droit et parfois l’action humanitaire.
Les stratégies de relations publiques
« La France a peur », formule prononcée par un présentateur de journal télévisé après un crime pédophile, pourrait résumer le message de beaucoup de journalistes à propos des groupes religieux minoritaires. Il est vrai que leur « Bible » est le Rapport d’enquête parlementaire (1996) incluant la quasi-totalité des non conformismes religieux présents en France sous le qualificatif de « sectes dangereuses ». Ces dernières, par l’entremise de porte parole officiels, ont tenté de corriger les aspects négatifs du rapport et, par la suite, ceux de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes qui reprend au plan officiel le discours des ligues antisectes. Souvent en vain car, d’une part, la presse ne les a pas repris, puisqu’aux yeux des journalistes, les groupements religieux minoritaires possèdent, par essence, les défauts qu’on leur attribue et qu’ils mentent. D’autre part, dénoncer des accusations comme celles contenues dans le Rapport est dérisoire car de nouvelles accusations apparaissent sans cesse. Dès que l’une d’elles ne provoque plus l’indignation, une autre la remplace aussitôt. La controverse est infinie car elle épouse les idées du moment. Ainsi pendant l’Année de l’enfance, les sectes ont été accusées de maltraiter les enfants, puis pendant l’Année de la femme, elles ont été accusées de ne pas respecter la parité entre les hommes et les femmes et, pendant l’année des Droits de l’homme, elles ont été accusées de ne pas respecter les Droits de l’homme.
Face aux critiques médiatiques, les mouvements religieux ont engagé plusieurs actions de relations publiques. Les témoins de Jéhovah ont distribué en France 12 millions d’exemplaires d’un tract intitulé « Français on vous trompe » pour se défendre (29, 30 et 31 janvier 1999) ; ils ont organisé une exposition itinérante sur la déportation de leurs fidèles dans l’Allemagne nazie, leur historien a publié un ouvrage sur les témoins face à l’hitlérisme ; ils ont fait connaître les résultats d’une enquête commandée à la SOFRES montrant que leurs fidèles sont bien insérés dans la vie sociale (par exemple dans les activités bénévoles) pour rectifier l’image du Témoin replié sur lui-même, interdisant à ses enfants de participer aux loisirs périscolaires et de regarder la télévision. Enfin, ils ont organisé des conférences à l’intention des soignants sur les précautions qui entourent la chirurgie sans transfusion. L’impact sur la presse a été faible sauf en ce qui concerne la déportation mais celle-ci a été minimisée à plusieurs reprises. Les scientologues ont également organisé une exposition itinérante pour donner une image plus positive d’eux-mêmes ainsi que des marches pour la liberté religieuse. Ils envoient également un journal (Éthique et Liberté), qui traite de plus en plus de la liberté religieuse, à soixante mille correspondants. De leur côté, les raëliens ont décidé de porter une étoile jaune avec la mention « membre d’une secte ».
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Les ennemis de la liberté de conscience










Le mal traitement des nouveaux hérétiques