Dans son édito de Bulles pour le 2ème semestre 2008, l'Unadfi s'attaque aux "responsables de sectes et à leurs organisations complices" lorsque ceux-ci affirment que parmi leurs anciens membres critiques la plupart sont des "mécontents" plutôt que des victimes. Des anciens membres qui clairement, selon l'unadfi, "s'estiment être - et donc sont - des victimes trompées, exploitées et abusées par des organisations totalitaires". Mais de quels "anciens membres" parle-t-on ici? De tous les anciens membres de ces mouvements ou d'une partie d'entre eux seulement, à l'image de Nicolas Jacquette, que l'on retrouve épinglé sur le site de l'unadfi en qualité d'"ex-adepte"? (1) Là-dessus, l'Unadfi ne se montre pas très bavarde. Mais peut-être ce silence provient-il du fait que cette dernière n'a jamais vu dans ses locaux d'anciens membres de "sectes" n'ayant aucun motif de plainte à faire valoir ? Que viendraient d'ailleurs faire de telles personnes dans le sanctuaire inébranlable de la "lutte contre les sectes" ? Ces personnes-là, qui à n'en pas douter doivent certainement exister, n'intéressent évidemment pas l'Unadfi, elle dont l'action ne se porte qu'à l'endroit des "victimes de sectes", non à celui de personnes qui, malgré leur engagement dans une "secte", n'ont pas eu à en souffrir. On ne nous dit pas non plus quelle part d'influence l'Unadfi exerce sur le discours que tiennent ces anciens membres lorsqu'ils se déclarent, selon l'Unadfi qui parle en leur nom, "victimes trompées, exploitées et abusées par des organisations totalitaires", lesquelles, justement, useraient "de techniques de mises sous influence". "(...) car enfin, s'exclame-t-on dans un sursaut d'indignation mal contrôlée, les personnes que les adfi reçoivent, les témoignages que nous entendons, ne parlent pas de croyances. Si on vient chercher compréhension et soutien, c'est pour exprimer une souffrance, mais jamais pour avoir cru aux Thétans (Scientologie), aux Elohims (Mouvement raëlien) ou autres entités surnaturelles". Et comme on nous enseigne depuis trente ans que "secte" et "religion" sont deux choses complètement différentes (comme le rappelle d'ailleurs pour la énième fois cet édito), il ne viendra jamais à l'esprit de quiconque aura eu à souffrir des assauts de l'une de ces grandes confessions de se tourner vers l'Adfi de sa région !
Mais en est-on vraiment sûr, certain que l'on ne parle jamais de croyances ? Je me souviens pour ma part avoir vu à la tv, j'ai d'ailleurs déjà eu l'occasion d'en parler sur ce blog, un couple formé d'anciens TJ dont le discours tournait exclusivement autour de l'idée qu'à l'époque, lorsqu'ils témoignaient de leur foi de porte en porte, ils n'étaient "plus eux-mêmes", puisqu'on leur avait enlevé, disaient-ils, leur "personnalité". Prêcher, ne pas célébrer les anniversaires de naissance ainsi que les fêtes de fin d'année, ou encore étudier régulièrement la Bible, voilà ce qui aujourd'hui leur faisait dire que l'organisation des TJ se rend coupable de "manipulation mentale" (c'était d'ailleurs le thème de l'émission dans laquelle ils s'exprimaient, regrettant au passage que leur fille soit encore maintenue "prisonnière" de cette organisation. Mais peut-être s'est-elle "enfuie" depuis, qui sait ?). En résumé, aucun grief susceptible d'enclencher une action en justice !
Par contre, que des éléments qui ont directement à voir avec les croyances des TJ. On pourrait également citer, parmi d'autres exemples, le président de la miviludes qui, dans un dialogue avec les lecteurs du site du Nouvel Observateur, dira, toujours à propos des TJ, qu'ils "frustrent" leurs enfants en leur interdisant de participer à certaines célébrations (on retrouve là le grief que faisait valoir le couple dont je viens de parler), qu'ils se permettent de ne pas croire à la théorie de l'évolution, ou encore qu'ils se refusent aux transfusions sanguines. Des éléments qui là encore ne font l'objet d'aucune sanction prévue par la loi, mais qui sont néanmoins présentés par Mr Roulet comme ayant directement à voir avec le cadre - infâme - de la "dérive sectaire" (des éléments considérés comme touchant au "sectarisme" et qui feraient donc des personnes qui s'en réclament d'authentiques "victimes". Il va de soi qu'à l'Unadfi de tels éléments ne relèvent pas plus de la croyance religieuse). On peut donc dire en restant très sérieux que jamais, ô grand jamais, l'action anti-sectes ne parle de croyances et ne fondent ses critiques sur celles-ci !
Et l'édito de l'Unadfi de conclure avec un ultime argument : "En appui à cette argumentation nous pouvons également affirmer que nous n'avons jamais eu l'occasion de recevoir des plaintes de la part de fidèles qui se sont éloignés de l'Eglise Catholique ou de l'Eglise Réformée par exemple". Doit-on s'étonner que personne ne franchit le seuil des Adfi pour se plaindre de son engagement dans une grande église telle que l'Eglise catholique (on ne pose même pas la question de l'islam) ?
Bien sûr que personne n'y vient, puisque tout le monde sait parfaitement que l'unadfi ne s'occupe que de "sectes" !
Qui plus est, il est souvent difficile pour les "fidèles" (j'insiste sur les guillemets) de ces grandes enseignes de s'éloigner plus qu'ils ne le sont déjà de la confession qu'ils ont reçue en héritage. Difficile en effet de s'en éloigner alors que l'on n'a jamais cherché à s'en approcher ! La comparaison entre membres de "sectes" et membres de grandes confessions devrait à ce titre bien plutôt porter vers ces rares personnes qui ont fait le choix - "radical", "total", on pourrait encore dire "sectaire" - de s'investir corps et âme dans leur église, en entrant notamment dans les ordres. Et si, parmi ceux-ci, les bénévoles subventionnés qui gravitent autour de l'Unadfi n'ont jamais entendu le moindre "mécontent" s'exprimer, c'est que vraiment, dans ce petit comité, on se refuse obstinément à voir certaines réalités (c'est d'autant plus étonnant que le cinéma et la littérature se sont souvent emparés des témoignages de ces "mécontents").
La dernière phrase de cet édito, confondante de naïveté et de manichéisme, constitue un remarquable condensé de la doctrine et de la bêtise de l'action anti-sectes qu'incarne, jusqu'à l'absurde, l'Unadfi: "Autrement dit nous ne connaissons que des victimes de sectes et non de religions". Quand je disais dans mes notes précédentes qu'il est évident que derrière la "lutte contre les dérives sectaires" c'est la "lutte contre les sectes" qui s'active, il semble que je ne me trompais pas.
Je remarquais également que le concept de "dérive sectaire" n'était jamais parvenu jusqu'à l'unadfi, quand bien même sa présidente siège au "conseil d'orientation" de la Miviludes. Là encore, l'édito de cette malheureuse association ne viendra pas me contredire.

1 Voici son titre et sa fonction officielle : "ex-adepte, responsable de la Coordination nationale des victimes des Témoins de Jéhovah". Voilà une sérieuse motivation pour quelqu'un qui hésiterait à quitter sa "secte" : se retrouver sur le site de l'unadfi avec pour étiquette celle d'ex-adepte ! Cela me rappelle les propos que Roger Auque et Florence Aubenas, commentant la libération d'Ingrid Bétancourt, ont tenus : témoigner de leur vécu, puis tourner la page, pour éviter de se retrouver à "faire profession d'ex-otage". Il semble que la profession d'ex-adepte soit suffisamment attirante, à commencer pour Roger Gonnet qui aura consacré quasiment toute sa vie à la Scientologie, pour que d'aucuns jugent intéressant de l'endosser.
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L'Unadfi est mécontenteArticle sur les dérives sectaires de l'UNADFI et les incohérences de l'édito de Bulles.Lundi 15 Septembre 2008
Pascal Bonvin
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