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Georges Fenech : tout ce qui est naturel peut cacher des dérives sectairesArticle de la journaliste Sylvie Simon paru dans le mensuel Votre Santé.
“Tout ce qui est naturel peut cacher des dérives sectaires” a déclaré Georges Fenech, président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Il vient de déposer son rapport annuel destiné à François Fillon : “Je lance un appel à tout le personnel médical, à tout le système de soins français, à tous les conseils de l'Ordre des médecins, il faut être extrêmement vigilant. Il faut que les peines prononcées pour exercice illégal de la médecine soient plus dissuasives.”
Dans son rapport de plus de 300 pages — il faut bien justifier l’argent que lui octroie l’État —, il en consacre plus de 60 au chamanisme et aux plantes utilisées par les chamans, et publie le témoignage, évidemment anonyme, d’une femme ayant été séduite par un homme qui pratiquait le rituel “bwiti” et consommait de l’igoba, plante psychotrope largement utilisé au Gabon. On se demande quel peut être le rapport entre ce cas d’une pauvre femme séduite par un drogué comme il en existe malheureusement beaucoup et les “dérives sectaires” qui menacent la France. Dans le chapitre intitulé “hors les murs”, la Miviludes raconte ses promenades hors des frontières hexagonales pour se répandre dans quelques pays européens, Autriche, Pologne, Suisse, puis en Russie, dans l’intention de leur donner des conseils. Seuls 3 pays européens sur 57 : Belgique, Autriche et Slovaquie, semblent avoir, et dans des proportions bien moindres, une politique similaire à celle de la France en matière de “dérives sectaires”. En Grande-Bretagne et en Suisse, il existe des instituts indépendants dont la mission est de collecter des informations sur les sectes à partir de rapports politiques ou de travaux universitaires qui ne sont que des banques de données, mais qui n'émettent aucun jugement de valeur, et donnent aux groupes en question la possibilité de donner leur point de vue, alors que Monsieur Fenech estime que l’on ne discute pas avec ces gens. La Miviludes consacre un chapitre à la nutrition, aux régimes et compléments alimentaires, elle fustige les thérapeutiques non conventionnelles, la psychologie alternative, tout mode de vie non conventionnel “dans lesquels les groupes sectaires se sont engouffrés” et propose de lutter contre les infractions au titre de l'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie. “Nous sommes là face à un phénomène, si on n’y prend pas garde, qui peut faire beaucoup de victimes”. D’après ces affirmations 500 000 personnes seraient concernées directement, et parmi eux une grande partie d’enfants. La dérive sectaire “ne régresse pas, elle se développe incontestablement” et, selon Georges Fenech, il existerait 600 mouvements ou pratiques qui présentent des risques, alors qu’en 1995, la mission d’enquête parlementaire en avait dénoncé 172. Il est certain que si ces 172 groupes avaient été l’objet de condamnations civiles ou pénales, cela aurait été un argument majeur avancé par la Miviludes. Comme cet argument n’a pas été utilisé, on peut en déduire que l'immense majorité de ces 176 groupes n'a jamais été condamnée ni civilement, ni pénalement. Depuis longtemps Monsieur Fenech annonce que 80 000 enfants seraient en danger dans les sectes en France, mais il n’a pu trouver que huit cas seulement qualifiés de suspects au cours de sa carrière de dénonciateur. Ces chiffres alarmistes, totalement fantaisistes, sont mis en avant pour susciter la peur et la suspicion de l’opinion publique, sur lequel est basé son fonds de commerce. “Nous allons établir des dossiers dans lesquels nous rassemblerons tous les signalements que nous recevons”, et ces dossiers seront “consultables à la Miviludes par les autorités publiques et les associations”. En avant-première de ce rapport Georges Fenech a expliqué dans une interview au journal en ligne Backchich.info du mercredi 29 avril 2009 : “Par exemple, cette année l’axe fort sera la liberté d’enseignement. La priorité sera donnée à l’Éducation. Les enfants n’ont pas à être sous la coupe réglée des parents. L’enfant n'est pas leur propriété.” Seraient-ils devenus la propriété de l’État ? La Miviludes s’emploie à jeter l’anathème sur les parents qui veulent élever leurs enfants à la maison, dans un contexte plus sécurisé que dans bien des écoles où règne la violence. Ces parents, stigmatisés comme des criminels, se trouvent désemparés dans le climat permanent de répression qui aboutit souvent à des descentes de gendarmes utilisés alors comme une “police de la pensée.” Monsieur Fenech se sent d’autant plus important que son association a été invitée à faire partie d’un groupe d’évaluation des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique par le Pr Didier Houssin, directeur général de la Santé. On peut se demander ce que vient faire dans un secteur qu’il est incapable d’évaluer un représentant de la Miviludes, composée d’individus autoproclamés spécialistes de sectes et qui dénoncent tout ce qui, à leurs yeux, représente un danger pour notre société et nos enfants, comme l’enseignement à domicile, les thérapies alternatives, et surtout les refus de vaccination. N’oublions pas qu’en contradiction formelle avec la loi antiraciste en vigueur en France, la Miviludes est à l’origine de 900 procédures qui ont donné lieu à 8 actions en justice qui, pour finir, n’ont abouti qu’à une seule condamnation, une amende de 5 000 francs. On peut ainsi constater encore une fois le gaspillage de l’argent que le gouvernement lui octroie. Il faut savoir que l'existence même de cette mission a été remise en question par Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur dans un article paru dans Le Parisien. D’après elle, il faut “assurer la liberté de croyances de tous”, et “ce n'est pas à la Miviludes de définir une politique ni de mener des actions de répression”. De leur côté, les chercheurs en sciences sociales, dont nombre de juristes, ayant étudié sérieusement la question des sectes, sont quasi unanimes sur l’absence de fléau social et l’absence de démarche de connaissance des pouvoirs publics sur ces questions. Si ces mouvements ne troublent pas l'ordre public, il n'y a pas de raison de les interdire par respect pour la liberté de conscience. Ces experts sont généralement exclus du champ d’action d’organismes comme la Miviludes qui ne proposent pas de réflexion, mais seulement des outils de répression. Lire la suite Dimanche 2 Mai 2010
Sylvie Simon
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